- Illectronisme et fracture numérique : de quoi s’agit-il exactement ?
- Illectronisme et fracture numérique : la situation en France
- Les conséquences de l’exclusion numérique sur la société et l’économie
- Quelles sont les initiatives existantes pour combler la fracture numérique ?
- Quelques apports de solutions pour combler le fossé numérique
Le monde actuel devient de plus en plus digitalisé et le numérique s’impose comme un facteur incontournable, aussi bien de la communication que de l’accès à l’information. Dans un tel contexte, ne pas savoir utiliser les outils numériques ou ne pas disposer des ressources technologiques nécessaires engendre une exclusion qui empêche de participer pleinement à la vie économique et sociale. En France, même si l’impact de la révolution digitale est évident, une partie de la population n’y a pas accès. Ceci entraîne une fracture numérique qui n’est pas sans conséquence.
Illectronisme et fracture numérique : de quoi s’agit-il exactement ?
Pour mieux comprendre l’illectronisme et la fracture numérique, il est nécessaire de définir ces deux termes.
Illectronisme
L’illectronisme est un concept dérivé des mots « illettrisme » et « électronique ». Il est employé pour désigner l’incapacité d’une personne à utiliser les outils numériques. Il s’exprime notamment par des difficultés à se servir d’un smartphone, d’un ordinateur, à naviguer sur internet ou à profiter des offres en ligne. On parle aussi d’illettrisme numérique ou électronique pour qualifier ce phénomène.
Fracture numérique
La fracture numérique est un terme employé pour désigner les inégalités d’équipements numériques et de compétences qui caractérisent certaines couches sociales. En effet, de nombreuses personnes ne disposent pas de smartphone, d’ordinateur ou d’une bonne connexion Internet. D’autres possèdent des appareils numériques, mais manquent de compétence pour les utiliser. Entre ces personnes et ceux qui ont accès aux outils numériques et savent bien les utiliser, il y a un fossé, une sorte de marginalisation sociale appelée fracture numérique.
Quelle est la différence entre l’illectronisme et la fracture numérique ?
L’illectronisme et la fracture numérique tendent parfois à être confondus surtout en raison de l’aspect « numérique » qui constitue leur facteur commun. Mais il existe une différence entre les deux concepts qu’il convient de relever. En effet, l’illectronisme se réfère au manque de compétences numériques, tandis que la fracture numérique concerne l’accès aux outils et les disparités dans les capacités à les utiliser. Il est important de noter que la fracture numérique a un champ sémantique plus large parce qu’elle prend en compte les inégalités d’équipement et d’accès à un réseau haut débit.
Illectronisme et fracture numérique : la situation en France

En France, l’utilisation des technologies numériques est telle qu’on ne peut pas se douter de l’existence d’une fracture numérique au sein de la société. Et pourtant, la réalité révèle que de nombreux citoyens, en particulier parmi les populations vulnérables, rencontrent d’importantes difficultés pour accéder aux outils numériques. Cela entraine des inégalités significatives dans l’accès à l’information, aux services publics et aux opportunités.
En effet, d’après une étude réalisée par L’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) en 2021, 15,4 % des personnes âgées de 15 ans ou plus sont touchées par l’illectronisme.
Les catégories sociales les plus touchées en France
Certaines couches de la société sont plus concernées par le phénomène d’illectronisme.
Les personnes âgées
Selon l’Insee, les personnes âgées de 60 à 75 ans ou plus sont les premières victimes de l’illectronisme. Elles sont nées et ont grandi à une époque où le numérique n’avait pas l’ampleur qu’il a aujourd’hui. Ces personnes ne disposent pas des compétences de base en informatique pour utiliser les nouvelles technologies qu’elles trouvent parfois complexes et intimidantes.
Les personnes vivant dans les zones rurales
Les populations rurales sont moins bien desservies en connexion internet que celles des villes. Ces dernières bénéficient d’une connexion haut débit et très haut débit à certains endroits, pendant que dans les zones rurales, les habitants peinent à avoir un réseau efficace pour se connecter. Ces derniers ne peuvent même pas profiter des centres d’accès publics (bibliothèques, centres communautaires ou cybercafés) en raison de leur éloignement.
Les personnes sans diplôme
Elles n’ont souvent pas eu l’opportunité d’apprendre l’usage des outils numériques durant leur cursus scolaire. Ainsi, elles peuvent afficher un désintérêt pour ces technologies modernes ou éprouver des difficultés à les manipuler.
Les personnes à faibles revenus
Ces personnes sont confrontées à des difficultés financières qui expliquent leur illectronisme. En effet, n’ayant pas suffisamment de moyens, elles ne peuvent pas s’acheter un smartphone, un ordinateur ou dépenser pour avoir une connexion internet. Celles qui possèdent malgré tout un appareil numérique ne peuvent pas toujours en profiter pleinement parce que ceux-ci ne sont pas performants. De plus, à cause de la précarité, les personnes à faibles revenus ne sont pas en mesure de se payer des formations au moyen desquelles elles apprendraient à utiliser les outils numériques.
Les conséquences de l’exclusion numérique sur la société et l’économie

De nombreuses conséquences sont liées à l’illectronisme et la fracture numérique qu’il entraîne.
Difficultés d’accès aux services publics
Avec la montée en puissance du numérique, de plus en plus de services publics sont dématérialisés. Les couches vulnérables de la société, vivant en marge de la transformation numérique, ont du mal à avoir accès à ces services publics en ligne. Elles peuvent aussi être intimidées par la numérisation à cause des outils qui leur semblent compliqués à utiliser. Par honte ou peur de déranger, certaines personnes préfèrent ne pas se faire aider pour accéder aux services publics, ce qui renforce davantage leur position dans cette fracture numérique.
Limitation des chances sur le marché de l’emploi
De nos jours, il est difficile de trouver un emploi si l’on ne dispose pas de compétences en matière de numérique. Lors des recrutements, les entreprises exigent des candidats la maîtrise de l’informatique et de certains logiciels. Pour ceux qui ne savent pas utiliser les nouvelles technologies, cela constitue une véritable barrière les empêchant de s’insérer facilement dans le monde de l’emploi. De plus, de nombreuses offres d’emploi sont publiées tous les jours sur des plateformes numériques telles que LinkedIn, Indeed, France Emploi (anciennement Pôle Emploi), afin de rendre l’accès à l’emploi plus facile. Ne pas savoir se servir de ces espaces numériques limite les chances de trouver un emploi.
Incidence sur l’éducation des enfants
L’illectronisme et la fracture numérique constituent un frein à la bonne éducation de certains enfants et jeunes. En effet, à l’ère des devoirs en ligne et des cours virtuels ou à distance, ceux-ci ne peuvent pas s’inscrire et suivre des formations s’ils ne maîtrisent pas ou n’ont pas à leur disposition les équipements adéquats. De même, ils ne peuvent pas profiter des nombreuses ressources intellectuelles disponibles sur internet pour acquérir des connaissances et se cultiver.
Isolement et stigmatisation
La fracture numérique a pour corollaire l’éloignement ou la séparation des victimes de leurs familles et amis. Ne sachant pas utiliser les technologies de l’information et de la communication, ces personnes n’ont aucun contact avec les leurs. Elles sont comme dans une bulle et peuvent par moment se sentir isolées. Pour les personnes âgées, cette situation peut engendrer :
- la dégradation de la qualité de vie ;
- les risques sanitaires et mentaux ;
- la réduction de l’espérance de vie.
Quelles sont les initiatives existantes pour combler la fracture numérique ?

L’État et certaines associations sont conscients du danger que représente la fracture numérique et prennent des mesures pour y faire face. Voici quelques initiatives à ce sujet :
Le Plan Très haut débit (THD) : garantir une connexion internet rapide à tous les Français est un impératif pour le gouvernement. Ainsi, en 2013, le plan Très Haut Débit a été mis en place pour doter tout le territoire de la fibre optique1 d’ici 2025. Cette initiative n’est pas pilotée par l’État seul ; elle est soutenue par des opérateurs privés, les collectivités territoriales et l’Union européenne.
La formation de conseillers numériques et de travailleurs sociaux : plusieurs formations sont organisées par le gouvernement et des associations en vue de déployer des conseillers sur le territoire pour aider les personnes en situation d’illectronisme à s’approprier les outils numériques et à remplir les formalités administratives en ligne. Plus précisément, ils sont appelés à apprendre à ces personnes à :
- utiliser un smartphone, une tablette ou un ordinateur ;
- connaître l’écosystème numérique et son langage ;
- maîtriser les bases du traitement de texte ;
- naviguer sur Internet ;
- installer des applications sur un smartphone ;
- etc.
Plusieurs associations comme la MEDNUM, Emmaüs et Le Secours Populaire Français mènent des actions dans ce sens.
La sensibilisation à la cybersécurité : certaines formations sont destinées à donner le savoir nécessaire aux conseillers pour leur permettre de sensibiliser la population sur la question de cybersécurité. En effet, avec les attaques récurrentes sur internet, il est capital d’être informé sur les dispositions nécessaires à prendre pour garantir une présence en ligne sécurisée.
L’octroi d’aides financières : dans certains départements, un soutien financier est accordé aux jeunes pour acquérir des équipements numériques comme un ordinateur ou un accès internet. C’est le cas par exemple de la Somme où le Conseil départemental propose son aide aux jeunes collégiens défavorisés.
Quelques apports de solutions pour combler le fossé numérique
Au-delà de tout ce qui se fait déjà pour lutter contre la fracture numérique, d’autres solutions peuvent également être explorées.
Repenser les outils technologiques pour une inclusion numérique
Le numérique, tel que le conçoivent les personnes âgées et les victimes d’illectronisme en général, est assez rébarbatif. En effet, ces gens voient à travers les technologies modernes des outils si complexes qu’ils ne peuvent pas les aborder avec facilité.
Pour faire tomber ce mythe, il faudrait travailler à offrir des solutions numériques plutôt simples, en mettant en avant le concept de « simplicité fonctionnelle ». Cela permettrait au moins à ceux qui possèdent un smartphone ou une tablette d’avoir une expérience utilisateur conviviale et efficace, et d’encourager leurs pairs à accepter de découvrir le sujet du numérique.
Il s’agirait par exemple de concevoir des applications minimalistes accompagnées de descriptions claires, pour éviter des erreurs et favoriser une navigation intuitive. Ces applications devraient optimiser leurs fonctionnalités en proposant des menus simples sur une interface épurée.
Réinventer l’assistance numérique : des ateliers collectifs au coaching sur mesure
Certaines associations organisent des ateliers visant à atténuer l’impact de l’illectronisme. Encadrés par des conseillers, ces programmes initient aux fondamentaux du numérique tels que la création d’une adresse e-mail, l’utilisation d’outils de communication comme Skype. Cependant, ces séances, bien que bénéfiques, peuvent laisser certaines notions incomprises, surtout lorsqu’il s’agit de processus plus complexes. Pour cela, il serait important de mettre en place des séances de coaching individuel afin de permettre aux participants d’avoir un soutien personnalisé pour mieux comprendre toutes les notions.
Promouvoir l’entraide intergénérationnelle pour encourager l’adoption du numérique

Généralement, les jeunes ont plus de facilité à utiliser les nouvelles technologies. Leur aide pourrait être nécessaire dans cette lutte contre l’illectronisme. En effet, dans les zones où sévit ce phénomène, les jeunes qui disposent d’appareils numériques peuvent jouer un rôle de mentor auprès des personnes qui rencontrent des difficultés ou qui affichent une réticence. Par exemple en expliquant, avec leur propre expérience, l’intérêt de comprendre et d’utiliser les outils numériques, ils peuvent parvenir à mettre leurs grands-parents en confiance et à les convaincre de s’y mettre.
Note de bas de page :
- Fibre optique : fil très fin en plastique ou en verre qui a la propriété de conduire la lumière et sert dans les transmissions terrestres et océaniques de données, ainsi que dans certaines applications d’imagerie médicale ou industrielle. ↩︎

