Symbole arobase (@) : comment le saisir et quelle est sa signification ?

Symbole d'arobase (@)

Article mis à jour le 11 octobre 2026

Chaque adresse e-mail dans le monde comporte une arobase, ce symbole en forme de a enroulé sans lequel aucun message électronique ne pourrait être acheminé. Pourtant, ce caractère qui semble né avec Internet circulait déjà au XIVᵉ siècle, bien avant qu’un ingénieur ne le repère, presque par hasard, sur son clavier en 1971. D’où vient-il vraiment et comment le taper quand la touche semble introuvable ?

L’arobase (@) : que signifie ce symbole dans une adresse e-mail ?

Arobase (@) dans e-mail

Le caractère @ occupe une position fixe dans toute adresse électronique : il sépare l’identifiant de l’utilisateur du nom de domaine qui héberge sa messagerie. Dans julie.martin@exemple.fr, tout ce qui précède le signe désigne la boîte aux lettres de la personne, tout ce qui suit renvoie au serveur qui la gère.

Le symbole se prononce « at » en anglais, une convention héritée de son ancien usage commercial où il signifiait « au prix de » ou « chez » (son histoire complète est détaillée plus bas). C’est précisément ce sens de localisation qui a motivé son choix pour structurer les adresses e-mail en 1971.

En français, l’Académie française indique qu' »arobase » est un nom féminin et le définit comme un a cursif1 minuscule dont le tracé s’enroule sur lui-même pour séparer, dans une adresse électronique, l’identifiant de l’utilisateur et le service de messagerie. Cette définition s’appuie sur l’étymologie du terme, emprunté à l’espagnol arroba, lui-même emprunté à l’arabe al-roub, « le quart ». L’arroba désignait une ancienne unité de poids équivalant à un quart de quintal, dont l’abréviation commerciale était @. L’usage hésite pourtant sur le genre du mot : arobase s’emploie couramment au masculin comme au féminin selon les sources.

Vous ne trouverez en revanche jamais ce caractère dans une URL2 de site internet. Une adresse comme www.exemple.fr n’en comporte aucune, l’arobase étant réservée au courrier électronique et, plus largement, à la messagerie.

Pourquoi Ray Tomlinson a-t-il choisi l’arobase pour les adresses e-mail ?

Ray Tomlinson a choisi l’arobase en 1971 pour trois raisons précises : le signe figure sur son clavier, aucun système ni aucun nom propre ne l’utilise déjà et il se prononce « at » en anglais, un sens proche de la préposition « à » qu’il cherche justement à exprimer.

À cette époque, Tomlinson travaille chez BBN, la société qui a développé Tenex, un système d’exploitation pour ordinateurs. Il vient d’améliorer un programme existant, Send Message, pour qu’il puisse transférer des fichiers à travers Arpanet, l’ancêtre d’Internet, grâce à un outil qu’il a lui-même conçu à cet effet. Reste un problème : dans une adresse regroupant nom d’utilisateur et nom de machine, il faut un caractère séparateur sans ambiguïté possible.

L’arobase remplit ce rôle. Elle est disponible sur les claviers, Tenex ne s’en sert pas et son seul usage largement répandu, aux États-Unis, se limite aux étiquettes d’épicerie pour indiquer un prix à l’unité.

La première adresse électronique de l’histoire prend la forme tomlinson@bbn-tenexa, « bbn-tenexa » désignant l’ordinateur de Tomlinson au sein de BBN. Pour tester le système, il envoie un message entre deux machines posées côte à côte dans la même pièce. Le contenu du tout premier e-mail au monde tient en une ligne : la suite de lettres « QWERTYUIOP », copiée telle quelle depuis le haut du clavier.

L’adoption du symbole ne se fait pourtant pas sans accroc. Lorsque les systèmes Multics, un autre système d’exploitation alors répandu sur certains ordinateurs de l’époque, tentent à leur tour d’intégrer le courrier électronique, l’arobase y est déjà affectée à une autre fonction, celle de caractère d’effacement de ligne. Chaque adresse contenant un @ tue alors la ligne entière au lieu de s’afficher. Il faudra encore attendre 1985 et l’apparition des noms de domaine pour que les adresses e-mail prennent la forme que l’on connaît aujourd’hui.

D’où vient le symbole @ ?

Le symbole @ précède de plusieurs siècles son usage dans les adresses électroniques. Les traces les plus anciennes remontent au XIVᵉ siècle, où des moines copistes l’utilisent dans des manuscrits religieux comme abréviation du mot latin « amen », une pratique dictée par le gain de temps qu’apportait toute contraction d’écriture répétitive.

Une autre hypothèse, plus fréquemment reprise, attribue au @ une origine plus ancienne encore : il aurait servi de ligature3 pour le mot latin « ad », signifiant « à » ou « vers », la boucle du symbole provenant de la fusion du « a » et du « d » en écriture onciale4. Les deux récits ne s’excluent pas nécessairement, les moines copistes ayant pu réemployer un même tracé pour plusieurs abréviations selon les contextes.

Le symbole ressurgit avec un sens différent à la Renaissance, où les marchands européens l’adoptent pour indiquer un prix unitaire. « 2 poules @ 5 € » signifiait alors « 2 poules à 5 euros pièce », un usage qui explique directement la prononciation anglaise « at » retenue aujourd’hui à l’oral. Cette pratique commerciale, d’abord espagnole puis italienne, se répand dans toute l’Europe avant de traverser l’Atlantique.

Le @ connaît ensuite son heure de gloire commerciale au XIXᵉ siècle : il figure dès 1885 sur les premières machines à écrire américaines, où les commerçants continuent de l’utiliser pour chiffrer leurs prix à l’unité. Puis l’adoption progressive du système métrique fait disparaître l’unité de mesure arroba et le symbole tombe dans un oubli quasi total, y compris aux États-Unis où il ne subsiste plus que sur les claviers, sans usage courant.

C’est précisément cet oubli qui, près d’un siècle plus tard, fait toute la valeur du symbole aux yeux de Ray Tomlinson : un caractère disponible, reconnu, mais libre de toute signification concurrente.

Comment faire le symbole arobase (@) sur son clavier ?

Symbole arobase (@) sur clavier d'ordinateur

Sur un clavier AZERTY (PC Windows)

Maintenez la touche Alt Gr, à droite de la barre d’espace, et appuyez simultanément sur la touche « à » (juste au-dessus du P). Le symbole @ s’affiche immédiatement, sans avoir à relâcher Alt Gr avant d’appuyer sur la seconde touche.

Si cette combinaison ne fonctionne pas, par exemple sur un clavier dont la touche Alt Gr est défectueuse, une solution de secours existe : maintenez la touche Alt et tapez 064 sur le pavé numérique, puis relâchez Alt. Windows interprète ce code ASCII5 et insère l’arobase à la position du curseur.

Sur Mac

Sur un clavier Mac français, maintenez la touche Option (Alt) et appuyez sur la touche G pour obtenir l’arobase. Les claviers configurés en disposition BÉPO6 ou en Mac américain donnent un accès direct au symbole, sans combinaison de touches.

Sur smartphone et tablette

Sur la plupart des claviers tactiles, iOS comme Android, ouvrez le clavier de symboles en appuyant sur la touche « 123 » ou « &123 » située en bas à gauche de l’écran. L’arobase y figure généralement en évidence, aux côtés des chiffres et de la ponctuation courante.

Dans un champ de saisie reconnu comme une adresse e-mail, le clavier bascule souvent automatiquement vers un clavier dédié où l’arobase apparaît directement, sans passer par le menu des symboles.

Quel nom donne-t-on à l’arobase dans les autres langues ?

En France, on désigne parfois familièrement l’arobase par « escargot », une image tirée de son aspect enroulé, même si cet usage reste marginal face au terme officiel. La langue française n’est pas la seule à voir un animal dans ce symbole. De nombreuses langues, à l’exception du monde anglo-saxon et hispanophone, ont développé leur propre dénomination imagée, souvent inspirée du monde animal ou de spécialités culinaires locales.

En allemand, le symbole se nomme « Klammeraffe », littéralement le singe araignée, une référence à sa queue enroulée. Les Néerlandais parlent d' »apenstaartje », la petite queue de singe, tandis que les Russes y voient plutôt « sobaka », le chien. Les Italiens préfèrent « chiocciola », l’escargot.

Certaines langues font appel à des images gourmandes ou domestiques. Les Tchèques désignent l’arobase par « zavináč », un rollmops7 enroulé autour d’une pomme de terre, tandis que les Danois et les Suédois évoquent tous deux un « snabel-a », un a à trompe d’éléphant. À Taïwan, le symbole devient « xiao laoshu », la petite souris, quand la Chine continentale se contente généralement de reprendre l’anglais « at ».

Cette diversité de noms contraste avec l’anglais et l’espagnol, deux langues où le symbole avait déjà un sens établi avant l’ère d’Internet, respectivement « at » et « arroba ». C’est d’ailleurs cette double origine, commerciale d’un côté et calligraphique de l’autre, qui explique pourquoi aucun consensus définitif n’existe sur l’histoire exacte du signe.

Foire aux questions

L’arobase est-elle un mot masculin ou féminin ?

L’usage hésite encore aujourd’hui. L’Académie française retient le féminin dans sa dernière édition, mais le masculin reste très répandu dans le langage courant et figure dans plusieurs dictionnaires de référence, dont le Larousse. Les deux formes sont donc admises, le choix relevant davantage d’une habitude régionale ou personnelle que d’une règle stricte.

Le symbole @ a-t-il d’autres usages en dehors des adresses e-mail ?

Oui, l’arobase dépasse largement le cadre du courrier électronique. Sur les réseaux sociaux, elle précède un pseudonyme pour mentionner ou identifier un utilisateur, comme @nomdutilisateur sur Instagram ou X. En programmation, elle remplit des fonctions variées selon les langages : opérateur de contrôle d’erreurs en PHP, indicateur de variable de tableau en Perl, ou encore marqueur d’annotation en Java.

Pourquoi ne trouve-t-on jamais l’arobase dans un nom de domaine ou une URL ?

Le symbole @ ne fait pas partie des caractères autorisés dans la syntaxe d’un nom de domaine, laquelle se limite aux lettres, aux chiffres et au trait d’union. Son rôle de séparateur entre identifiant et domaine, propre à l’adresse e-mail, n’a donc pas d’équivalent dans la structure d’une adresse web.

Comment prononcer l’arobase à l’oral quand on donne son adresse mail ?

En français, on prononce généralement « arobase » ou, de façon plus familière, « a commercial ». Les anglophones utilisent systématiquement « at », une prononciation directement héritée de l’usage commercial historique du symbole pour indiquer un prix unitaire.

Notes de bas de page :

  1. Cursif : qui a la forme d’une écriture liée, aux lettres arrondies et attachées entre elles, par opposition à une écriture droite dont les lettres sont détachées. ↩︎
  2. URL : abréviation de « Uniform Resource Locator », l’adresse qui permet de localiser une page sur le web. ↩︎
  3. Ligature : signe graphique qui fusionne deux lettres en un seul caractère. ↩︎
  4. Onciale : écriture calligraphique utilisée dans les manuscrits latins du haut Moyen Âge, caractérisée par des lettres arrondies. ↩︎
  5. ASCII : norme informatique qui associe un code numérique à chaque lettre, chiffre et symbole du clavier, permettant de les représenter et de les échanger entre différents systèmes. ↩︎
  6. BÉPO : disposition de clavier alternative à l’AZERTY, conçue pour faciliter la saisie du français et des langages informatiques. ↩︎
  7. Rollmops : filet de hareng mariné, roulé autour d’un cornichon ou d’un morceau de légume, spécialité culinaire d’Europe du Nord. ↩︎

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