AUJOURD'HUI SCIENCES
Skype banni des laboratoires français
Article paru dans l'édition du 1 Octobre 2005

.'INSTALLATION du logiciel Skype est interdite, pour raisons de sécurité, dans les universités et les laboratoires publics français. Une circulaire en ce sens vient d'être adressée aux responsables du parc informatique de la recherche par le ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche. Révélée par la revue en ligne Ratiatum, l'information a été confirmée, mercredi 28 septembre, par la Rue de Grenelle.

Utilisé par plus de 50 millions d'internautes, le logiciel Skype permet de converser gratuitement en ligne. Il peut aussi être utilisé pour transférer des fichiers informatiques, des messages écrits, etc. Selon Bernard Vors, haut fonctionnaire de défense attaché au ministère de l'éducation et auteur de la circulaire, la décision prise vise à « protéger -le- patrimoine scientifique » de la France.

« Skype est un logiciel! dont certains fonctionnements ne nous sont pas connus, précise M. Vors. C'est pour cette raison que nous sommes arrivés à la conclusion qu'il y avait un risque potentiel de mauvais traitement des informations qui transitent par ce système. » Ces précautions sont prises « à titre préventif », ajoute M. Vors.

SÉCURITÉ INFORMATIQUE

Différent de ses concurrents, Skype fonctionne sur le principe d'une mutualisation de la bande passante de ses utilisateurs. Et ses protocoles de communication, originaux, sont également tout à fait opaques. Selon Hervé Schauer, consultant en sécurité informatique, « les services de l'Etat français ne sont pas en mesure d'intercepter ou même de contrôler les communications transitant par Skype ».

D'autres considérations, ajoute M. Schauer, ont pu intervenir dans la décision de bannir Skype des laboratoires publics. Notamment le fait que Skype, d'abord européen ait été racheté par l'américain eBay ( Le Monde du 14 septembre). Et! que, « lorsqu'une société de communication passe sous contrôl! e américain, il est de bon ton que la NSA -National Security Agency- ait les clés du système », ajoute M. Schauer.

La méfiance manifestée à l'égard de Skype est à rapprocher d'une polémique intervenue en avril à propos du smartphone Blackberry, commercialisé par RIM, une société canadienne. Plusieurs administrations publiques avaient proscrit l'utilisation de l'appareil - qui intègre des fonctions bureautiques - au motif que les paquets d'information traités par le smartphone transitent par des serveurs situés outre-Atlantique.

Eric Vanroyen, porte-parole de RIM en France, précise qu'un accord de partenariat a été noué début juin avec EADS « pour certifier le Blackberry aux normes de sécurité et de transparence requises par les gouvernements européens ».